Lettre à Stephen Harper et Lawrence Cannon

Envoyer à un ami

Envoyer cet article à un ami.

Depuis six semaines, nous attendons le retour de notre fils, Alexandre Bitton, 36 ans, mari et père de famille. Il est sous les décombres de l’hôtel Montana en Haïti.

En plus d’avoir à gérer notre douleur, nous avons à surmonter un mur infranchissable que votre gouvernement a établi entre nous et les informations quant à nos êtres chers. Nous n’avons aucun bilan sur les activités quotidiennes; jusqu’à la semaine dernière, il n’y avait toujours pas de représentant sur place pour nous tenir au courant des travaux effectués. Aucune information sur le recouvrement des corps des victimes n’est partagée, outre celles sur la nationalité canadienne des morts. Nous sommes dans le néant total et on nous dit d’être patients. Mais nous le sommes, et ce, depuis six semaines.

Vous ne voulez pas nous voir sur les lieux et nous avons respecté cela. Cependant, tous ceux qui ont osé défier vos recommandations ont retrouvé leur être cher. Qu’est-ce à dire?

Vous-mêmes pères de famille, vous pouvez peut-être imaginer, voire comprendre, notre grand désarroi. Je vous supplie de démontrer de la compassion. De ce fait, veuillez permettre ou aviser le personnel sur place qu’il doit nous tenir au courant des développements, des recouvrements de corps de victimes sur une base quasi quotidienne. Quand on sait que le corps retrouvé est celui d'un Canadien ou d'une personne susceptible d’être celle qu’on attend, pourquoi ne pas nous en aviser? De peur de nous décevoir? Sérieusement, nous sommes tous au-delà de la déception; on ne peut pas nous faire plus mal que ce que nous ressentons déjà.

Messieurs, si un membre de votre famille, et nous osons à peine dire, si un de vos enfants, étaient sous ces décombres, auriez-vous voulu savoir? Auriez-vous agi différemment? Se poser la question, c’est y répondre.

Vous-même, monsieur le premier ministre, avez pris le temps de vous déplacer en Haïti afin de constater l’ampleur de la catastrophe. Vous savez que vous pouvez aider à alléger le fardeau du peuple haïtien. C’est une réaction fort louable! Mais pourquoi ne pas en faire autant pour vos propres citoyens canadiens, morts sur le sol haïtien, tel que notre fils, Alexandre Bitton? N’arrêtez pas les efforts que vous avez déployés pour le ramener en terre canadienne et permettez-nous d’être informés sur ce qui se passe là-bas. Vous pouvez ainsi soutenir tout son entourage qui ne peut pas compléter son deuil.

Enfin, ma belle-fille Line, femme d’Alexandre et mère d’un enfant de 2 ans, se retrouve maintenant chef de famille monoparentale. En plus d’avoir à vivre le deuil de son mari, elle doit composer avec les démarches administratives complexes reliées à une disparition, mais encore une fois, aucune information n’est partagée pour l’appuyer et faciliter sa vie lors de cette dure épreuve sur les plans émotif, administratif et parental. Si jamais le corps d’Alexandre n’est jamais retrouvé, devra-t-elle attendre le délai de sept ans avant de pouvoir fermer la boucle et reprendre le cours de sa vie?

Alors, agissez dès maintenant en donnant les directives nécessaires afin de nous permettre d’être tenus au courant sur ce qui se passe dans ce lieu où est enseveli notre fils et en appuyant vos propres citoyens canadiens dans cette épreuve. - Jocelyne et Ralph Bitton

Lieux géographiques: Haïti

  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5

Merci d'avoir voté

Haut de page

Commentaires

Commentaires