Les émeutes qui ont secoué Montréal-Nord l’été dernier marquant la colère de la population locale après la mort de Freddy Villanueva (18 ans), non armé, tué par un policier du SPVM dans un parc public ont été suivies d’un love-in sans précédent à l’égard des habitants de cet arrondissement de Montréal. Au cours de cette malheureuse intervention policière du 9 août 2008, deux autres jeunes Jeffrey Sagor-Métellus (21 ans) et Denis Mea (18 ans) ont gravement été blessés par des balles de la police.
Suite à tout cela : visites du maire Gérald Tremblay, visites de fonctionnaires des divers niveaux de gouvernement, concert public gratuit de l’Orchestre symphonique de Montréal, annonces précipitées d’importantes subventions publiques, rencontre entre la chef du Parti Québécois et de certains organismes communautaires locaux, émergence de nouveaux groupes de pression, lucratifs contrats octroyés à des spécialistes en communication, consultation élargie des citoyens, etc. On aurait dit que tous venaient de découvrir l’existence de ce coin de pays. Néanmoins, malgré ces gestes d’intérêt, ponctuels et conjoncturels, Montréal-Nord risque malheureusement de retourner à la case départ parce que le problème est systémique. Cela signifie qu’il faut agir au niveau des pratiques organisationnelles.
Les conclusions officielles du rapport d’enquête produit par la Sûreté du Québec sur la mort de Freddy Villanueva ont été dévoilées. Aucune accusation à l’égard du policier du SPVM. Légitime défense, nous a-t-on dit. Le gouvernement Charest a opté pour une enquête publique. Les policiers impliqués retourneront-ils travailler à Montréal-Nord ou continueront-ils à assumer des « tâches administratives »? Nul ne sait encore.
On se serait attendu qu’après cette manifestation inusitée de colère des citoyens suivie de ce love-in de la part des élites que la situation de Montréal-Nord aurait été abordée au cours de la campagne électorale, à l’échelle locale. À cet égard, rien de différent, ni dans la récente campagne fédérale ni dans l’actuelle campagne québécoise. Lors du débat des chefs par exemple, on a évoqué le problème des quartiers urbains de Montréal en omettant de nommer spécifiquement Montréal-Nord. Les fonctionnaires gouvernementaux et municipaux continuent d’analyser les rapports qu’ils ont eux-mêmes produits sur l’état des lieux : pauvreté, sous-emploi chronique des membres des minorités visibles (32% de la population de Montréal-Nord vs 26% à Montréal), exclusion, racisme, chômage, décrochage scolaire, taux élevé de familles monoparentales, comportements inacceptables des policiers locaux à l’égard des jeunes noirs et d’origine latino-américaine, absence de diversité ethnoculturelle dans les administrations publiques locales, etc.
La démonstration du laisser-faire, de l’indifférence et de l’absence de vision intégratrice des pouvoirs publics est éloquente. Certains diront que ces aspects font partie de l’histoire de Montréal-Nord depuis l’administration de l’ex-maire Yves Ryan. Est-ce acceptable en 2008? Que faut-il faire pour être entendu? Il nous semble que face à ce problème de nature systémique, nous devons nous indigner devant la répétition des mêmes processus de diagnostic socio-économico-démographique, de formulation d’avis divers, d’octroi de petites subventions de fortune aux organismes communautaires pour acheter la paix.
Dans un récent rapport de consultation organisée à Montréal-Nord après les émeutes, les citoyens ont affirmé : « Arrêtez de nous consulter, agissez ». Ce rapport conclut également de passer « de la concertation au partenariat ». Mais qui doit agir? Ne devrait-on pas poser préalablement quelques gestes de réconciliation pour atteindre une certaine égalité avant de parler de partenariat? En recevant les rapports des chantiers thématiques qu’il a lancés, le maire de Montréal devrait commencer par donner l’exemple en agissant dans toutes les sphères de l’administration municipale, tant au niveau de la représentativité que de la participation. Il devrait également interpeller les autres niveaux de gouvernement par le biais des députés représentant Montréal-Nord. Crédibilité oblige. Il y a là une urgence avant les prochaines élections municipales car la population de Montréal-Nord qui a déjà laissé passer deux occasions d’obtenir des réponses - élections fédérale, provinciale demandera certainement des comptes et voudra se faire entendre.
Montréal-Nord : du love-in à la case départ
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