Une voix pour notre mémoire collective

Marie-Hélène
Marie-Hélène Verville
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Francine Chassé, à la sauvegarde du patrimoine depuis 13 ans

(Alarie Photo, Jacques Pharand)

«Tu sais, ce n’est pas juste d’aimer les veilles choses. La preuve, j’habite une petite maison, je n’habite pas une maison ancienne. Et les gens sont d’ailleurs très surpris de cela. Je ne leur dis plus. Le patrimoine reflète ce qu’on est, une façon d’être, une façon d’habiter, une façon de connaître et d’apprendre, une façon de voir les choses.»

Si Francine Chassé saute du coq-à-l'âne lorsqu’elle parle de patrimoine, c’est que sa tête est remplie des mille projets qu’elle mène de front. Sur la table de sa cuisine, on voit des documents de la maison Baptiste-Jamme à Kirkland, aujourd’hui le bureau de la notaire Suzanne Gazaille sur le boulevard Saint-Charles. 

«Je passais devant, elle était barricadée et ça me fatiguait ! (…) j’ai découvert qu’elle était classée, et elle était abandonnée!», explique Francine Chassé. Le terrain, l’ancienne crémière et le four à pain attenants ont été détruits lors de la construction du centre d’achats, mais on doit à cette ancienne trotskiste la sauvegarde de cette maison construite en 1760. Ce sera son premier combat du genre.

Aujourd’hui, ce petit bout de femme est une référence dans l’Ouest-de-l’Île. Engagée depuis les débuts de Société patrimoine et histoire de l’île Bizard et Sainte-Geneviève (SPHIB-SG), la dame en a été la première présidente du conseil d’administration entre 2002 et 2005. Elle a été de l’organisation du premier Circuit patrimonial à vélo de l’Ouest-de-l’Île. Elle a mis sur pied tout un programme sur patrimoine bâti et l'histoire du village Sainte-Geneviève, pour des jeunes du quartier.

Elle s’est battue avec la SPHIB-SG pour que la maison seigneuriale Benjamin-Viger revienne à la collectivité, sans succès. Tous les combats ne se gagnent pas, elle déplore que la Culture soit souvent le parent pauvre des gouvernements.

Cette volonté lui sert aussi contre de la douleur constante qui l’assaille. Elle souffre de fibromyalgie depuis 1992.  À cette époque, son fils avait 5 ans et elle travaillait 70 heures semaine comme directrice d’une garderie. Emploi qu’elle a dû quitter. Elle doit aussi vivre avec des acouphènes. «Pour mes acouphènes, tout les augmente. Le stress, le café, l’alcool, n’importe quoi ! Vous voyez,  je bois du café, je ne devrais pas… Mais il faut vivre, aussi. »Elle vient de compléter un baccalauréat en histoire de l’art, qu’elle a pris 10 ans à compléter. Elle pense à la maîtrise.

Elle m’amène dans son bureau. Sur les murs, ses dessins et des photographies. Sur le sol, on voit les tableaux encore emballés de sa derrière exposition. Le trésor qu’elle va me montrer est sur une étagère. Il s’agit de photographies anciennes, achetées chez un antiquaire. «Je les ai trouvées dans une boîte à chaussures. C’est si triste, ces gens oubliés!» À l’arrière de deux d’entre elles, des lettres envoyées par des soldats lors des deux Guerres mondiales. L’une a été écrite en 1914, et l’autre en 1945. Francine Chassé prépare une exposition avec ces photos, pour 2012.  

C.N.:Qui est votre modèle ?

F.C.:«Ma belle-mère, pour sa curiosité intellectuelle, son courage, sa force, son dynamisme, sa capacité à s'émerveiller.»

Quelle est votre plus grande réalisation ?

F.C.:«Cela peut paraître banal, mais il s'agit d'avoir terminé mon baccalauréat, après dix ans de travail, un cours ou deux à la fois.»

C.N.:Si vous pouviez changer une seule chose dans le monde ?

F.C.:Il y en a plusieurs, mais disons que j'aimerais que l'art soit perçu autrement que comme un divertissement.»

Organisations: Baptiste-Jamme, Société, Benjamin-Viger

Lieux géographiques: Village Sainte-Geneviève, Kirkland, Boulevard Saint-Charles île Bizard

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  • Hugo Veilleux
    08 février 2011 - 06:54

    Je désire entrer en contact avec cette femme. Je suis étudiant à l'ITHQ afin de devenir guide touristique de Montréal et j'ai de mon côté un petit projet de sauvegarde d'un bâtiment. Je trouve l'article inspirant et j'aimerais pouvoir en jaser avec elle, voir comment elle s'y est prise au départ. Merci Hugo Veilleux, Montréal