Judy Servay : la Robine urbaine

Daphné Angiolini
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Saviez-vous qu’au restaurant Robin des Bois, il y a une salle de défoulement où – munis d’un casque protecteur obligatoire - on peut « garocher » sur le mur de vieilles assiettes ébréchées pour la modique somme de 5 $? Déjà, l’existence de cette pièce change le monde! Mais ce n’est pas tout. En plus d’accueillir chaque semaine quelque 120 bénévoles avides de nouvelles expériences, Robin des Bois octroie une aide financière annuelle inestimable à six organismes bénéficiaires montréalais. Tout ça grâce à une idée signée Judy Servay.

Robin des Bois est une conception de Judy Servay. (Photo: Alarie Photos)

Lorsque Judy Servay décide d’ouvrir un restaurant, début quarantaine, elle ne possède aucune expérience dans le domaine. Plusieurs personnes de son entourage lui déconseillent pareille aventure, mais elle persiste et signe. « J’aime être en danger. À partir du moment où je connais ma job par coeur, je m’emmerde un peu! », lance-t-elle. Un conseil d’administration se forme et l’organisme sans but lucratif Robin des Bois voit le jour en juillet 2006.

Résultat? Depuis près de cinq ans, plus de cent bénévoles se présentent toutes les semaines pour prêter main forte à la vingtaine d’employés, que ce soit pour cuisiner dans une ambiance chaleureuse ou pour effectuer du service aux tables. « Dans un sens, on fait de la réinsertion sociale, confie Judy, née à Montréal d’un père allemand et d’une mère québécoise. Il y a une dame qui vient ici quatre fois par semaine depuis cinq ans. Elle a fait une dépression et ne sortait plus de chez elle. Aujourd’hui, tout le restaurant l’adore, c’est notre gourou! Ça a redonné un sens à sa vie ». « Beaucoup de personnes âgées me disent aussi que ça leur fait du bien de faire du bénévolat auprès des jeunes. On reçoit également une foule d’immigrants qui n’ont pas encore leur papier, s’ennuient à la maison et veulent rencontrer du monde », enchaîne-t-elle.

Juges, urgentologues, étudiants ou ex-junkies, la masse de bénévoles est bigarrée, soutient Judy. « L’autre jour, une juge cherchait dans la salle à qui allait l’assiette de confit de canard! Ici, tous sont sur le même pied d’égalité, car tous sont sortis de leur zone de confort. Ça favorise l’échange, la compassion, l’acceptation».

Organismes bénéficiaires

Chaque année, les profits générés par Robin des Bois – y compris l’argent récolté par la salle de défoulement! - sont redistribués à parts égales à six organismes bénéficiaires : Le Chaînon, Le Refuge des Jeunes, Chez Doris, Jeunesse au Soleil, Santropol Roulant et Cactus Montréal. « Une fois qu’on a payé le loyer, les taxes, les employés, l’électricité, etc. au lieu de s’acheter un chalet, on leur redonne le surplus», dit Mme Servay, blagueuse. Pour l’année 2010, Robin des Bois s’apprête à remettre 5000$ à chaque organisme, pour un total de 30 000$.

Robin des Bois offre aussi une aide ponctuelle tout au long de l’année à ces organismes. Par exemple, l’OSBL collaborera le 8 mars à la marche organisée par Le Chaînon pour la Journée des Femmes, en offrant soupes et breuvages aux participantes. Le resto a également développé sa propre marque. Pour l’heure, Robin des Bois vend du café équitable et du vin fabriqué en France. Les profits générés par la vente de ces produits s’ajoutent au magot redistribué aux six organismes.

Donner au suivant!

Judy Servay a toujours aimé « redonner » à son prochain. Avant d’ouvrir un resto, elle travaillait comme productrice dans une boîte qu’elle avait elle-même fondée au cours des années 90. À l’occasion des partys de Noël, producteurs, réalisateurs, artistes et employés avaient l’habitude de se rassembler et de cuisiner quelque 500 repas pour l’Accueil Bonneau. « Les gens trippaient! C’est un des seuls partys où tu te sens mieux le lendemain! », rigole Mme Servay.

Engagée au sein de la communauté depuis de nombreuses années, elle a notamment été bénévole dans des centres d’accueil pour jeunes en difficulté. « C’était très difficile sur le plan émotif. Il fallait être présent à chaque semaine, sinon les jeunes étaient down. Il y avait une pression reliée au bénévolat », explique Judy. L’objectif du Robin des Bois était donc de créer un « centre communautaire épicurien », où le bénévolat rimerait avec plaisir et horaires flexibles, histoire de rendre le travail bénévole accessible à tous. « Quand on fait tout ça, c’est pour le plaisir de réaliser quelque chose de plus grand que soi. Ce n’est pas réfléchi », conclut-elle.

Trois questions à Judy Servay :

Qui est votre modèle? Ma mère, Oprah, Gandhi!

Votre plus grande réalisation? Ici, on est assis dedans! [Robin des Bois]

-Si vous pouviez changer une seule chose sur la planète? Donner plus de place à l’humain et moins à l’argent.

Lieux géographiques: Montréal, Refuge des Jeunes, France

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