Rouge brique
Le luxe ne se lasse jamais de changer de visage. Du bois à la roche en passant par la vitre et l’acier inoxydable, il revêt aujourd’hui un matériau qui lui avait presque échappé: la brique.
Une vague d’urbanisme industriel déferle sur la métropole depuis quelque temps. La mode est à l’impression de vivre dans une manufacture.
Pour ce faire, quoi de mieux que toutes ces usines désaffectées qui jonchent les berges du Canal Lachine? Vestiges des belles années de production à la chaîne, nombre de ces bâtiments sont à présent inutilisés et ne demandent qu’à être occupés.
Les motivations d’un tel recyclage sont évidentes. L’idée d’habiter l’histoire, de se l’approprier pour y faire son nid, en a séduit plus d’un.
Qu’un bâtiment ait servi à fabriquer des munitions ou plutôt des poupées Barbie n’a pas une grande importance; le simple fait qu’il ait servi à «quelque chose» lui conférera toujours plus de charme que les mégas développements «copiés-collés» des banlieues. En outre, le petit écolo en chacun de nous préférera de loin la réutilisation à la reconstruction.
Prenons les Lofts Redpath, par exemple. Installés dans l’une des plus anciennes industries canadiennes, plus d’une centaine d’appartements de prestige surplombent le Canal, à deux coups de pédale du Marché Atwater.
La Redpath Sugar, qui fut à ses heures une importante raffinerie de sucre, a été partie intégrante du paysage montréalais durant les 150 dernières années. Quoi de plus naturel, longtemps après sa fermeture, que d’avoir voulu la raviver?
Et tant qu’à y être, autant la rendre confortable. Salons de massage, bains de vapeur, gym privé, marina, cour intérieur et piscine chauffée… tout ce qu’il faut pour se remettre d’une longue journée de travail.
Pas si mal pour une usine désaffectée! Le projet a d’ailleurs remporté plusieurs récompenses, dont le prix Héritage Montréal, catégorie recyclage.
En définitive, c’est le genre de projet qui ne peut être que bénéfique pour l’environnement montréalais. Préservation du patrimoine, développement économique et culturel, enjolivement des environs… Il est à souhaiter que le Canal, dans les années à venir, voit s’échouer sur ses rives de nombreux projets de ce genre.
(Vincent Grégoire, Montréal)