Le snobisme du Plateau Mont-Royal
«Et si on allait se promener sur le plateau?» Attention: cette question de la jeune ingénue peut paraître banale, mais est lourde de conséquences.
Le Plateau Mont-Royal est ce quartier branché regroupant la rue Saint-Denis, le boulevard Saint-Laurent, ainsi que l’avenue Mont-Royal. On y retrouve la plus grande concentration d’artistes au mètre carré au Canada, selon le groupe Hill Stratégies Recherche Inc.
C’est aussi le lieu de prédilection du style néo-urbain, caractérisé par de jeunes gens se nourrissant de cupcakes et portant skinny jeans noirs, ainsi que veste de cuir se voulant «je l’ai trouvée dans le grenier de ma grand-mère», mais acheté à un prix dérisoire chez Urban Outfitters. Ah oui, j’oubliais le fameux foulard, la coupe de cheveux rétro et l’air bête de surcroît.
Car tout endroit à émergence artistique attire inévitablement une faune se désirant artistique, sans nécessairement l’être. Prendre des photographies copiant à la perfection le style des publicités des boutiques American Apparel fait-il de vous un photographe underground?
Bref, après cette mise au point, laissez-moi revenir sur la première question de cet article. Oui, je décidai de passer l’après-midi sur le Plateau.
Je débute donc mon escapade par la visite d’une friperie où une robe fleurie ayant pu appartenir à ma tante me revenait plus cher qu’une neuve et où, me basant sur le regard du vendeur à mon égard, le qualificatif de folle alliée semblait étampée dans mon front. Je continue ma balade jusqu’à l’Ex-Centris, où des sosies d’Andy Warhol ne semblaient pas en revenir qu’une fille en souliers de course, jogging et gaminet, un dimanche matin, puisse fréquenter un endroit aussi avant-gardiste.
Tout cela pour terminer mon après-midi dans un salon de coiffure à la mode où je me fais reprocher mon choix de coupe trop conformiste par un androgyne. Peut-être n’avais-je pas assez de style pour fréquenter le quartier? Ou alors, aurait-il fallu que je sois un peintre torturé pour avoir droit à un sourire à la binerie du coin?
Quoi qu’il en soit, laissez-moi vous dire que la prochaine fois que je traverserai le quartier, je revêtirai mon chapeau de feutre à plume orangée ainsi que ma robe de Twiggy, le tout sans oublier de faire la moue.
(Fanny Forest, Montréal)
Jenny Aliaga Chavez
Commentaire mis en ligne le 21 novembre 2008J'ai tout simplement A-DO-RÉE cet article. Original et avec style et en plus veridique, bravo!