Shell: après le choc, on mesure les impacts
L'annonce de la transformation en terminal de la raffinerie Shell de Montréal-Est a provoqué une onde de choc dans le secteur. Une semaine plus tard, la poussière retombe, mais partout, on s'affaire encore à évaluer les impacts de cette décision.
« Les conséquences seront énormes, fait savoir Jean-Claude Rocheleau, président de la section locale 121 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP). Ceux qui croient que ça s'arrêtera aux 500 emplois coupés et à l'augmentation du prix de l'essence à la pompe, détrompez-vous! Shell dépensait des millions de dollars chaque année auprès de ses différents fournisseurs et toutes ces compagnies subiront les contrecoups. »
L'Avenir a mené sa propre enquête en contactant différentes entreprises et les appels lancés corroborent les dires de M. Rocheleau.
Marsulex
Depuis plus de 50 ans, l’usine Marsulex de Montréal-Est récupère le soufre extrait du pétrole brut, des carburants et d’autres produits raffinés en vue de les recycler en produits chimiques utiles. Shell était donc l'un de ses clients importants. « Ce n'est certes pas une bonne nouvelle et le moral n'est pas à son plus haut en ce moment.
« Heureusement, la raffinerie était liée par un contrat à long terme prenant fin en décembre 2015, ce qui nous causera moins d'impacts pour la durée restante du contrat. Nous continuons donc d'opérer et restons confiants que, d'ici là, les mauvaises nouvelles arrêteront de s'acharner sur l'est de Montréal. Le plus triste dans tout ça, c'est que nous perdons un savoir-faire et des emplois de haute technologie dans le domaine de la pétrochimie. C'est une grande perte pour le Québec », affirme Marc Hunziker, directeur d'usine.
Tomate Basilic
Le petit restaurant de la rue Sherbrooke craint une baisse importante de sa clientèle. « Des employés de Shell venaient souvent manger ici. On avait nos habitués, mentionne Vincent Arsenault, propriétaire du Tomate Basilic. On n'aura d'autre choix que de tenter de remplacer cette clientèle, soit en élargissant notre publicité ou en mettant davantage l'emphase sur notre service de traiteur. D'une façon ou d'une autre, il nous faudra développer de nouveaux marchés pour combler ce manque. Ce n'est définitivement pas une bonne nouvelle pour le domaine de la restauration. »
Urgence marine
Difficile pour la petite entreprise qui offre des services de nettoyage de navires, d’enlèvement et de transport de déchets, ainsi que de contrôle et de récupération de déversement, d'évaluer l'impact réel qu'aura la transformation de la raffinerie sur ses activités.
« On perd un très bon client et donc, une source de revenus importante. On verra à long terme ce qui se passera pour nous. Heureusement, ce n'était pas notre seul client, parce qu'on aurait eu beaucoup de misère à s'en relever », avoue Jonathan Berthiaume, directeur.
Association industrielle de l'est de Montréal (AIEM)
Shell est l'un des 12 membres industriels de l'Association industrielle de l'est de Montréal (AIEM). Pour l'instant, personne ne sait ce qui adviendra de sa participation et de sa présence à l'association. « La priorité de l'entreprise est le support aux employés. On devra donc attendre encore un peu avant de savoir ce qui se passera définitivement quant à son implication à l'AIEM. Chose certaine, c'est un joueur important que nous perdons dans le secteur et la situation nous préoccupe énormément. D'un point de vue environnemental, Shell était un grand utilisateur du centre environnemental. Le nombre d'analyses effectuées risque donc de diminuer. C'est encore difficile de quantifier exactement les impacts, mais il y en aura, c'est certain », conclut Dimitri Tsingakis, directeur technique.