André St-Jean (à gauche) et son fils Jonatan (à droite) ont planté un drapeau de la ville de Montréal-Est au sommet du mont Kilimandjaro, le 18 janvier dernier, vers 6 h du matin. (Photo: gracieuseté)
Environ 5895 mètres plus haut…
André et Jonatan St-Jean atteignent le sommet du mont Kilimandjaro
Le 18 janvier, André St-Jean et son fils Jonatan ont réalisé un exploit dont peu de gens peuvent se vanter: celui d'atteindre le sommet Uhuru du mont Kilimandjaro, en Tanzanie. Ce défi constitué d'une ascension de 5895 mètres était loin d'être une promenade dans le parc, admet le père de 55 ans.
« Jamais a-t-on eu un doute qu'on ne pouvait pas atteindre le sommet. La seule chose qui aurait pu nous en empêcher, c'était une question de santé. »
À ce sujet, les deux Montréalestois en ont eu pour leur argent. Aux prises avec des symptômes de diarrhée, d'indigestion aiguë et de maux de tête persistants, André et Jonatan ont vu 30 % de leur groupe abandonner après seulement deux journées passées dans la plus haute montagne d'Afrique. « Les guides nous mentionnaient que la montagne était mauvaise et le pessimisme s'installait chez les porteurs, sans nous le démontrer », raconte André.
« En redescendant la montagne, les guides nous ont dit qu'ils ne pensaient pas que nous étions capables de réussir », ajoute Jonatan.
Or, les trois jours suivants permettaient à tout le monde de « récupérer quelque peu tout en s'adaptant au nouvel environnement », selon André. Durant cette période, l'altitude des grimpeurs a oscillé entre 3840 et 4630 mètres. Plusieurs montées, suivies de plusieurs descentes étaient au programme.
Mais pour Jonatan, ce n'était pas une partie de plaisir. « Ce que j'ai trouvé le plus dur, ce sont les descentes. C'est à ce moment où il y avait encore une possibilité que j'abandonne. C'est bizarre, mais c'est comme ça », affirme le cégepien de 21 ans, à court d'explications.
Départ pour l'objectif final
Lors de la sixième journée, la dernière avant d'atteindre le sommet, un parcours d'une altitude avoisinant 1,3 km dans la noirceur attendait la famille St-Jean. « Je ne pensais pas que cette journée serait aussi difficile », admet André. Ce dernier raconte comment il a vécu les dernières heures avant d'atteindre le point culminant de son expédition:
« Minuit sonne. Le cortège de grimpeurs est mis en branle. Nous sommes les seconds à décoller à pas lents avec nos lampes frontales allumées. La température frôle le point de congélation. Le vent s'élève, il devient de plus en plus ardu d'avancer. Tout est plus lourd, le mal de tête s'installe, l'estomac devient noué, notre tube nous alimentant en eau est gelé. J'ai à l'occasion des petits problèmes d'équilibre (l'ivresse des montagnes). Pourtant, il n'y a pas une once d'alcool dans mon corps.
« Il est 3 h du matin, nous sommes sur le "cruise control". Tout se fait machinalement, comme si nous n'étions plus là. Les guides nous encouragent, mais l'enthousiasme n'y est plus. Comme on dit, "ça file pas bien".
Vers 5 h, nous atteignons le "Stella Point" (5700 m), considéré par les autorités comme l'atteinte officielle du sommet de la montagne. Nous recevons des félicitations, mais sans joie. Plusieurs s'arrêtent à cet endroit. Pour nous, ce n'est pas le point culminant.
« Une autre heure de ce long calvaire s'éternise avec l'aurore du jour qui se pointe à l'horizon. Lentement, mais sûrement, nous cheminons avec assurance, détermination, mais en se demandant: "Qu'est ce qu'on fait ici?".
« Enfin, vers 6 h, notre énergie reprend le dessus. Je saute dans les bras de mon fils Jonatan et je cris: "Jo, on l'a! Nous avons atteint le sommet!". »
Ils assistaient à ce moment au lever du soleil sous une température tolérable de -12 degrés. Le froid et les problèmes d'oxygénation n'auront pas été un facteur durant les sept journées d'efforts déployés.
Bilan, les deux aventuriers auront parcouru 60 km de marche en montagne, le tout effectué en près de 50 heures. « Ça donne une semaine complète, plus du temps supplémentaire! », conclut André avec un sourire.