La journaliste de CTV Pamela Wallin figure parmi les personnes sélectionnées au Sénat canadien. LA PRESSE CANADIENNE / Tom Hanson
OTTAWA - Pour la première fois en trois ans, le Sénat canadien sera rempli à pleine capacité quand les travaux parlementaires reprendront en janvier prochain.
Craignant de voir le pouvoir lui échapper plus tôt que prévu, le premier ministre Stephen Harper a en effet décidé de combler d'un coup les 18 sièges vacants en nommant des proches de son parti à la Chambre haute.
Quatre des nouveaux venus représenteront le Québec. Il s'agit du chef national du Congrès des peuples autochtones, Patrick Brazeau; de l'ancienne députée de Louis-Hébert sous le gouvernement de Brian Mulroney, Suzanne Fortin-Duplessis; ainsi que des organisateurs conservateurs Michel Rivard et Leo Housakos.
La nomination de M. Rivard est la plus surprenante des quatre. Cet homme d'affaires et ancien maire de Beauport a en effet déjà été membre du Parti québécois, dont il a porté les couleurs pendant quatre ans à l'Assemblée nationale du Québec, en pleine crise référendaire au milieu des années 1990.
Un porte-parole du premier ministre a toutefois assuré qu'il n'était plus souverainiste.
Quant à M. Housakos, il a fait les manchettes l'an dernier quand il s'est retrouvé au coeur d'allégations de trafic d'influence à laquelle était aussi mêlé le conseiller du premier ministre Harper pour le Québec, Dimitri Soudas.
Avec leur arrivée, la Belle Province retrouvera son importance historique au sein du Sénat, avec 24 sénateurs sur un total de 105.
Les autres parlementaires nommés par le premier ministre proviennent de la Nouvelle-Ecosse (3), de la Colombie-Britannique (3), de l'Ontario (2), du Nouveau-Brunswick (2). Terre-Neuve et Labrador, l'Ile-du-Prince-Edouard, la Saskatchewan et le Yukon auront un nouveau sénateur chacun.
L'ancienne championne de ski alpin Nancy Greene Raine, les journalistes de CTV Michael Duffy et Pamela Wallin, l'ancien député d'Avalon Fabian Manning et le président du Fonds conservateur, Irving Gerstein, figurent parmi les personnes sélectionnées.
Ces noms ont été transmis à la gouverneure générale, qui devrait confirmer leur accession au Parlement au retour du congé, en janvier.
Stephen Harper a toujours été très critique envers le Sénat, qu'il considère comme antidémocratique et qu'il souhaite réformer, voire abolir.
Il avait néanmoins laissé entendre au lendemain de son élection, le 15 octobre dernier, qu'il envisageait de nommer des proches à la Chambre haute pour y modifier le rapport de force entre sa formation et le Parti libéral.
La perspective de voir les partis d'opposition renverser son gouvernement dès janvier l'a incité à bouger plus rapidement que prévu.
"Notre gouvernement va continuer à promouvoir un Sénat plus démocratique, plus responsable et plus efficace. Cependant, si des sièges vacants doivent être comblés, ils devraient l'être par le gouvernement que les Canadiens ont élus et non pas par une coalition pour laquelle personne n'a voté", a-t-il insisté dans un communiqué émis lundi.
Malgré les 18 ajouts, les conservateurs ne seront pas en majorité au Sénat. A l'arrivée des nouvelles recrues, le Parti libéral y aura en effet 58 représentants et le Parti conservateur 38. La plupart des autres sénateurs sont des indépendants.
Les sénateurs nommés par Stephen Harper seront soumis aux mêmes règles que leurs collègues déjà en place. D'après le cabinet du premier ministre, ils se sont toutefois "engagés à soutenir la limite des mandats de huit ans et d'autres mesures sur la réforme du Sénat".
Ils auraient en outre exprimé leur engagement "inébranlable" envers l'unité canadienne et contre la coalition des partis d'opposition.
Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2006, M. Harper n'avait nommé que deux sénateurs: le Montréalais Michael Fortier, qu'il a fait ministre des Travaux publics, et l'Albertain Bert Brown, qui a fait campagne pendant des années pour un sénat "triple E", c'est-à-dire élu, équitable et efficace.
Les partis d'opposition ont qualifiée de "cynique" et d'"hypocrite" la décision du premier ministre de nommer un aussi grand nombre de sénateurs à quelques jours de Noël, alors que les électeurs ont la tête aux fêtes de fin d'année.
"Peu importe la qualité des personnes nommées, il y a le geste politique qu'on trouve totalement inapproprié dans la situation actuelle. C'est un geste extrêmement partisan, très opportuniste, au moment où M. Harper a demandé la prorogation de la Chambre pour éviter un vote de confiance", a souligné le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette.
C'est aussi l'avis du chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, qui trouve "inadmissible" la décision du premier ministre de procéder à des nominations alors qu'il n'a pas l'appui du Parlement. Pour M. Ignatieff, Stephen Harper a démontré une fois de plus qu'il n'était pas digne de confiance.
Le néo-démocrate David Christopherson a de son côté souligné que ces nouveaux sénateurs coûteraient environ 6 millions $ par année au trésor public. Son parti va jusqu'à demander à la gouverneure générale de se révolter et de ne pas obéir au premier ministre en ce qui a trait aux nominations.
Onze autres sièges deviendront vacants en 2009, en raison de l'âge de leur titulaire. Un attaché de presse du premier ministre a indiqué lundi que son parti entendait les combler rapidement. "Notre objectif est de remplir le Sénat de gens favorables à la réforme", a-t-il insisté lors d'une séance d'information technique.
Cet argument ne convainc pas le Bloc québécois, qui rappelle que toute réforme du Sénat devra nécessairement être approuvée par la Chambre des communes. La plupart des constitutionnalistes estiment par ailleurs que les provinces devront obligatoirement être consultées.
"De procéder à des nominations de conservateurs qui s'engagent à l'avance à accepter la réforme du Sénat, ça ne règle pas le problème de M. Harper. Il demeure entier", a fait valoir M. Paquette.
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