Robert Fowler est montré dans cette photo 1995 Fiche. LA PRESSE CANADIENNE/Tom Hanson
OTTAWA - Le sort des deux diplomates canadiens disparus dimanche au Niger en même temps que leur chauffeur demeurait incertain, mardi, en dépit des efforts de l'Organisation des Nations unies et des autorités canadiennes pour les retracer et assurer leur sécurité.
Un groupe rebelle touareg, connu sous le nom de Front des forces de redressement (FFR), a d'abord revendiqué leur enlèvement, mardi matin, avant de faire volte-face et de nier catégoriquement toute implication dans le méfait vraisemblablement survenu à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, Niamey.
Dans un communiqué publié sur Internet, un homme se décrivant comme "Rhissa ag BOULA Commissaire à la Guerre" du FFR dit avoir mené une "opération commando" et détenir quatre personnes, dont le diplomate canadien, Robert Fowler.
"Cette opération vise à sensibiliser tous les diplomates qui collaborent avec le régime ethnocidaire de Mamadou Tandja, régime démissionnaire et convalescent à l'image de son président", peut-on lire dans la courte déclaration.
Cette revendication a cependant été démentie quelques heures plus tard dans le même blogue par un autre leader du FFR, Mohamed Ag Aoutchiki Kriska.
Ce dernier, qui se dit président du FFR, écrit que son mouvement lutte contre les kidnappings-qu'il qualifie de "pratiques d'un autre âge"-et qu'il n'a rien à voir dans la disparition de Robert Fowler ou d'autres otages.
"Nous avions déjà annoncé notre refus au recours aux méthodes de manipulation qui sont l'apanage du régime que nous combattons", ajoute-t-il.
Mohamed Ag Aoutchiki Kriska n'écarte pas la possibilité que l'enlèvement soit le fait de rebelles partageant les idéaux du FFR et opposés à l'exploitation des ressources minières de leur régions par les multinationales étrangères, dont celles du Canada.
Le chef rebelle précise cependant que "le FFR ne peut assumer la responsabilité de cet acte".
"Même s'il est vrai que le Canada est acteur dans le conflit qui nous oppose au régime criminel de Tandja, les civils, diplomates et autres acteurs du système des Nations Unies, ne sont pas nos cibles", insiste-t-il dans son communiqué.
Le Niger est l'un des principaux exportateurs mondiaux d'uranium, un carburant nucléaire qui fait l'envie de la communauté internationale. Au moins huit entreprises canadiennes y ont des activités, d'après le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international.
Tant l'ONU que le gouvernement fédéral s'affairent à départager le vrai du faux. "Il y a des messages contradictoires en provenance de ce groupe et nous tentons d'évaluer ces messages", a confié mardi un représentant de l'organisation multilatérale basée à New York, Fahan Haq.
Ottawa a été encore plus laconique. Une porte-parole du ministère, Lisa Monette, s'est contentée de dire que la priorité du gouvernement était "le bien-être des individus".
"Nous ne fournissons pas d'information sur la situation même, mais je peux vous dire que nous sommes au courant des réclamations effectuées par le groupe qui s'appelle le Front et nous travaillons actuellement de concert avec les autorités des Nations unies et du gouvernement du Niger pour déterminer le bien-être et le lieu où se trouvent l'ambassadeur et M. Guay", a-t-elle récité, en réponse aux questions de La Presse Canadienne.
Robert Fowler, qui est âgé de 64 ans, a été ambassadeur du Canada aux Nations unies de 1995 à 2000 et ambassadeur du Canada en Italie de 2000 à 2006. Auparavant, il avait été conseiller en politique étrangère des premiers ministres Pierre Elliott Trudeau, John Turner et Brian Mulroney, de même que sous-ministre à la Défense de 1989 à 1995.
Il a aussi été représentant personnel pour l'Afrique sous les premiers ministres Jean Chrétien, Paul Martin et Stephen Harper avant d'être nommé envoyé spécial au Niger du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, en juillet dernier.
Son compagnon d'infortune, Louis Guay, est aussi diplomate.
Les deux Canadiens voyageaient avec un chauffeur et possiblement avec une quatrième personne dont l'identité n'a pas été précisée. Ils prenaient place à bord d'un véhicule officiel du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui a des bureaux au Niger.
Le véhicule a été retrouvé à une quarantaine de kilomètres de Niamey, une ancienne ville coloniale située sur les rives du fleuve Niger, dans l'Ouest de l'Afrique. Ses phares étaient allumés.
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