QUEBEC - L'Etat québécois prend le relais des banques, en augmentant son offre de prêts et garanties de prêts aux entreprises qui éprouvent des problèmes de liquidités.
En ces temps de crise économique, les banques sont frileuses et hésitent à prêter de l'argent aux chefs d'entreprises, a déploré mercredi le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, en rendant public le premier volet du plan d'action du gouvernement visant à stimuler l'activité économique et éviter des mises à pied massives.
Ainsi, par l'entremise d'Investissement Québec, le gouvernement Charest met dès maintenant à la disposition des entreprises jusqu'à 250 millions $, sous forme de prêts, de même que 750 millions $ qui serviront à garantir des prêts contractés à la banque.
Ce programme ne s'adresse pas aux canards boiteux, mais bien aux petites et moyennes entreprises (PME) performantes, ayant besoin à court terme de liquidités pour passer à travers la période de turbulence économique des deux prochaines années.
Les banques doivent absolument continuer ou recommencer à prêter aux entreprises, car "il en va de la protection de nos emplois et il en va de la vie de nos entreprises", a dit sans détour le ministre Bachand, en conférence de presse.
Avec son programme et malgré l'attitude des banques, Québec veut donc s'assurer que les PME auront accès à un fonds de roulement qui leur évitera de fermer boutique ou de procéder à des licenciements ayant pour effet d'aggraver la crise.
On prévoit qu'entre 1000 et 1500 entreprises pourraient tenter de se prévaloir du soutien financier de Québec, voire davantage, si la crise frappe encore plus fort que prévu aux Etats-Unis et en Ontario.
L'ensemble des contribuables assumera donc envers ces entreprises une partie du risque financier normalement pris par les banques. Aussi, Québec évalue le coût total du programme à 123 millions $, en termes de provisions pour d'éventuelles pertes à encourir d'ici la fin de 2010.
Le milliard de dollars potentiel d'accès au crédit du programme "Renfort" annoncé mercredi devrait être suivi, plus tard, au début de l'année, par un autre milliard de capital public à investir dans des entreprises, cette fois par la Société générale de financement (SGF), une première moitié en 2009, l'autre en 2010.
C'est du moins ce que Jean Charest avait annoncé durant la campagne électorale, le 6 novembre, au chapitre des principales mesures qu'il voulait adopter pour diminuer l'impact de la crise économique. Deux jours plus tôt, la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, avait parlé de ce projet dans son dernier énoncé économique.
Si elle se qualifie au programme "Renfort", chaque entreprise intéressée aura droit à un coup de pouce de Québec pouvant aller de 250 000 $ à 15 millions $.
"Cela va permettre aux entreprises soit de refinancer leur dette, augmenter leur fonds de roulement, stabiliser les entreprises à travers le Québec", a ajouté le ministre, en disant espérer que le Québec termine l'année 2008 en affichant une croissance économique de 0,8 pour cent.
L'intervention de Québec auprès des PME vaut pour deux ans et vise notamment à compenser la baisse anticipée des exportations en direction des Etats-Unis.
Si on rappelle que plus de 80 pour cent des produits d'exportation du Québec prennent le chemin des Etats-Unis, on peut comprendre l'inquiétude ressentie à Québec.
L'annonce du ministre Bachand a été bien accueillie par les milieux d'affaires.
La Fédération des chambres de commerce a dit apprécier le coup de pouce additionnel en provenance de Québec et surtout la rapidité manifestée par le gouvernement dans ce dossier.
"Plusieurs PME n'arrivent plus à financer l'achat de matières premières pour produire et livrer des commandes pourtant fermes. Le secteur manufacturier est particulièrement touché. Cette solution vient répondre à ce besoin pressant de crédit", a commenté la présidente de l'organisme, Françoise Bertrand.
Quant à elle, la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) s'est montrée satisfaite du programme, mais a déploré du même souffle qu'il semble davantage conçu pour répondre aux besoins des moyennes entreprises que des plus petites.
Elle demande par ailleurs à Québec de réduire le fardeau fiscal des entreprises, une voie jugée plus prometteuse pour relancer l'économie.
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