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A la veille de 2009, l'équilibre des forces est bouleversé à Ottawa

Presse Canadienne Article mis en ligne le 22 décembre 2008 à 1:00
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A la veille de 2009, l'équilibre des forces est bouleversé à Ottawa
Stephen Harper. LA PRESSE CANADIENNE Jim Ross
OTTAWA - La composition du Parlement a peu changé depuis un an à Ottawa malgré des élections; mais à l'aube de 2009, l'équilibre des forces y paraît complètement bouleversé.
Même s'ils disposent d'une vingtaine de députés de moins qu'au début de l'année, les libéraux semblent plus en forme que jamais. Lorsque les travaux parlementaires reprendront à la fin janvier, ils auront en main deux nouvelles armes: un nouveau chef et une unité enfin retrouvée.
Car le nouvel épisode de déchirements que le Parti libéral du Canada (PLC) s'apprêtait à vivre, avec une nouvelle course à la direction pour la succession de Stéphane Dion, n'aura finalement pas lieu. Couronné peu avant Noël, Michael Ignatieff s'est posé en rassembleur et paraît faire la quasi-unanimité dans ses rangs - du moins en apparence.
Et surtout, il semble reprendre le contrôle de la situation, ce qui avait l'air de constamment échapper à son parti.
Car après avoir pilé sur leur orgueil tout le printemps en s'abstenant lors des votes importants, les libéraux ont été projetés contre leur gré cet automne dans des élections pour lesquelles ils n'étaient visiblement pas prêts.
Sans avion en début de campagne, critiqué abondamment dans ses propres rangs, Stéphane Dion n'a pas été en mesure de se départir de l'image de chef boiteux que les conservateurs lui avaient collée à la peau. La vidéo bâclée qu'il a diffusée en réponse au discours de la nation du premier ministre Stephen Harper au début de décembre a été la dernière d'une longue série de gaffes.
"On passe à autre chose, on se rallie et on va tous dans le même sens. (...) L'élastique a pété à la face de M. Harper, et là, on a repris d'une certaine façon la mainmise sur l'agenda politique", a soutenu en entrevue le député libéral de Bourassa, Denis Coderre.
Ce sont désormais les conservateurs qui se débattent pour conserver le contrôle de l'ordre du jour à Ottawa. En fin d'année, M. Harper a eu la frousse de voir son gouvernement renversé par une coalition formée par l'opposition. Il a dû proroger la session pour éviter de faire face à une motion de défiance, imposant une sorte de temps d'arrêt semblable à celui qu'un coach accorde à ses joueurs à quelques instants de la fin de la partie, lorsqu'il sent la victoire lui échapper.
Pour conserver le pouvoir, le premier ministre devra mettre de l'eau dans son vin, ce qu'il a d'ailleurs déjà commencé à faire. Il a entamé des négociations avec M. Ignatieff sur le budget que son gouvernement déposera le 27 janvier, et son ministre des Finances, Jim Flaherty, a discuté avec les porte-parole libéraux dans ce domaine.
M. Harper devra également éviter les provocations, que ses adversaires estiment être motivées par des considérations idéologiques. Il est étonnant de constater que ce sont deux histoires de peu de sous qui ont créé des émois cette année. D'abord, les coupes de 45 millions $ en culture ont coupé court à l'élan des conservateurs au Québec pendant la campagne électorale de cet automne. Puis, l'abolition des subventions aux partis fédéraux (estimées à moins de 30 millions $) a mené le gouvernement conservateur au bord du gouffre en préparant le terrain pour la coalition.
Au Québec
En 2008, la lune de miel des conservateurs avec les Québécois s'est abruptement terminée. Le parti à l'origine de la reconnaissance de la nation québécoise aux Communes a dû encaisser des résultats décevants dans un coin de pays sur lequel il misait beaucoup.
Au début de la campagne électorale, des stratèges conservateurs confiaient espérer obtenir une vingtaine, voire une trentaine des 75 sièges de la province. Ils n'ont finalement pu que limiter les dégâts en parvenant à faire élire 10 députés le 14 octobre dernier.
Les votes des "nationalistes mous", autrefois l'un des trois "piliers" de la stratégie conservatrice telle que dessinée par Tom Flanagan, seront vraisemblablement remplacés par ceux des communautés immigrantes à titre d'objet de convoitise.
M. Flanagan, politologue et ancien chef de cabinet de M. Harper, a dit croire désormais que le vote des Québécois n'était plus nécessaire à l'obtention d'un mandat majoritaire.
Le lieutenant politique de M. Harper au Québec, Christian Paradis, croit cependant que l'un n'empêche pas l'autre.
"Tant mieux si les communautés culturelles votent pour nous, je pense qu'on a un bon menu à leur offrir. Mais ça ne vient pas en contradiction avec le fait qu'on veut de l'appui au Québec, et c'est ça mon mandat", a-t-il expliqué.
Mais pour le chef bloquiste Gilles Duceppe, les conservateurs de Stephen Harper ont assurément fait une croix sur le Québec, et leur intention d'ajouter des sièges pour l'Ontario aux Communes, diminuant ainsi le poids proportionnel du Québec, en est une des preuves.
"C'est un élément de plus qui confirme sa volonté d'ignorer le Québec. (...) Ça confirme que le Québec est de plus en plus en minorité au sein du Canada", a affirmé M. Duceppe.
L'avenir de la coalition
La solidité de la coalition entre les libéraux et les néo-démocrates, appuyée par les bloquistes, aura assurément des échos sur toute l'actualité politique pour 2009. On saura sans doute dès le début de l'année si cette alliance survivra, lorsque le budget de M. Flaherty sera déposé.
Les troupes de Michael Ignatieff sont beaucoup moins enthousiastes à l'idée de faire tomber le gouvernement de M. Harper grâce à cette coalition que celles du chef néo-démocrate Jack Layton.
" La coalition n'est pas une fin en soi, c'est un moyen, c'est une option. (...) Ce n'est pas du "crois ou meurs"", a indiqué Denis Coderre.
M. Layton admet pour sa part que si le gouvernement conservateur n'est pas renversé avant le printemps, la coalition aura perdu sa pertinence. C'est qu'à mesure que le temps passe, moins la gouverneure générale Michaëlle Jean risque de demander à l'opposition de former le gouvernement.
Si les conservateurs perdent la confiance de la Chambre dans quelques mois, Mme Jean déclencherait sans doute des élections plutôt que de confier les clés du Parlement à l'opposition.
"Si M. Harper reste au pouvoir, j'imagine qu'on va parler d'élections à chaque mois, et ce, dès le mois de mai", a fait valoir M. Layton lors d'un entretien.
"Ironiquement, remplacer le gouvernement Harper avec une coalition, ça produirait un meilleur contexte de stabilité", a-t-il poursuivi.
Qu'ils le souhaitent ou non, les électeurs devront se préparer psychologiquement à d'autres élections fédérales pour 2009, quelques mois à peine après avoir porté une seconde fois les conservateurs au pouvoir.
©Tous droits réservés, nouvelles de la Presse Canadienne

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