La cyberintimidation, ça fait mal
« L'intimidation indirecte, c'est plus dangereux qu'un coup de poing », soutient Laurie Trottier, une élève de cinquième année de l'école Sainte-Germaine-Cousin, à Pointe-aux-Trembles. La cyberintimidation préoccupe de plus en plus les directions d'établissement scolaire et à la petite école de la 48e Avenue, on a décidé de prendre le problème de front.
Il faut dire que les jeunes victimes de cyberintimidation se montrent très affectées par ce phénomène. Une fillette se rappelle encore avec vivacité ce qu'elle a vécu l'année dernière, quand une autre élève a lancé des rumeurs à son égard. « Elle disait à tout le monde que je n'étais pas capable de me laver seule et me faisait passer pour un bébé », raconte-t-elle. Cela semble banal, mais les rumeurs ont suivi leur cours et la jeune fille a été isolée des autres. « C'est de la violence indirecte », soutient-elle.
Le phénomène devient disproportionné avec les messages textes, les courriels et les sites de clavardage. « J'ai pleuré souvent. Ça me rendait moins forte et j'avais de la difficulté à me concentrer », se rappelle la jeune fille. « Mais, je savais qu'il fallait que je réagisse vite », soutient-elle.
Des cas de la sorte, dont certains beaucoup plus sérieux, la directrice de l'école Sainte-Germaine-Cousin, Caroline Petrucci, en a vu de toutes les couleurs. Au cours des dernières années, elle a remarqué une nette hausse de ce type de violence plus insidieux, particulièrement chez les filles. « La violence chez les garçons est plus directe », estime Mme Petrucci.
Quand la directrice a reçu un appel d'un parent dont la fille ne voulait plus se rendre à l'école, ce fut assez. La petite était si préoccupée qu'elle maigrissait à vue d'œil.
Avec l'aide des services complémentaires de la Commission scolaire de la Pointe-de-l'Île, de l'animatrice à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire, de l'éducatrice spécialisée de l'école et de Tandem Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles, on a mis sur pied un projet pour contrer le phénomène de la cyberintimidation et de la violence indirecte.
En fait, on a prolongé le programme Vers le pacifique pour y inclure ce phénomène grandissant. Une série de neuf ateliers sont présentés aux élèves et les parents sont également invités à des conférences sur ce thème. L'initiative de la petite école a même été reconnue par l'UNESCO.
La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) lève également son chapeau devant une telle démarche. Il faut dire que la CSQ revendique un plan d'action du ministère de l'Éducation à cet égard afin d'aider les enseignants qui sont souvent démunis devant cette forme de violence sournoise.