Le conseiller de ville du district Ouest de Saint-Léonard, Dominic Perri, est l'instigateur d'un projet de règlement visant à interdire l'installation d'un appareil à combustibles solides – le bon vieux poêle à bois –, dans une construction neuve ou existante, lequel pourrait être adopté par le conseil municipal le 23 février. (Photo: Éric Carrière)
Chauffage au bois: Dominic Perri plaide pour la santé
Le conseiller de ville de Saint-Léonard Ouest, Dominic Perri, est confiant que le conseil municipal de Montréal adoptera le projet de règlement visant à interdire l'installation d'un appareil à combustibles solides – le bon vieux poêle à bois –, dans une construction neuve ou existante, lors de la séance du 23 février.
Selon lui, il s'agit d'une question de santé publique, plusieurs études, dont une émanant de l'Institut Armand-Frappier en 2007, ayant démontré qu'il y a corrélation entre le chauffage au bois et le cancer du poumon.
Préoccupé par la qualité de l'air, M. Perri juge que les épisodes de smog qui se multiplient chaque hiver commandent une action urgente et concertée de tous les paliers de gouvernement. D'ailleurs, depuis un an, il est interdit à Saint-Léonard d'installer une cheminée dans une résidence neuve.
« Nous sommes rendus à 26 jours de mauvaise qualité de l'air à Montréal, dit-il, lors d'une entrevue tenue le 11 février. C'est un record et la saison froide n'est pas encore terminée. Cette pollution est largement due au chauffage au bois et aux particules fines qui s'en dégagent, des éléments invisibles (de la taille d'un vingtième le diamètre d'un cheveu) qui se retrouvent dans nos poumons, puis dans notre sang. Elles finissent par obstruer les artères, comme le fait le cholestérol. »
Selon l'Office mondial de la santé, on peut tolérer la présence de 25 microgrammes par mètre cube de particules fines sur une période de 24 heures, mais il n'est pas rare qu'à Montréal on mesure la présence dans l'air de 35 microgrammes par mètre cube en trois heures seulement. »
Les personnes les plus vulnérables sont d'ailleurs touchées, comme les aînés, les nourrissons et les enfants, les asthmatiques (15 % de la population à Montréal). Selon Santé Canada, en 2005, 1540 décès prématurés sont survenus à Montréal en raison de la pollution de l'air.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas le secteur des transports qui est à l'origine du plus grand nombre de particules fines polluant l'air de la métropole. Les trois sources, dans l'ordre, sont le chauffage au bois (47 %), l'activité industrielle (33 %) et le transport (17 %). Ce n'est d'ailleurs pas le centre-ville qui est le plus affecté par les particules fines, mais des arrondissements comme Rivière-des-Prairies/Pointe-aux-Trembles, Saint-Léonard, Ahuntsic-Cartierville et Pierrefonds-Roxboro, lesquels comptent d'ailleurs le plus grand nombre d'unités de chauffage au bois.
Sur l'île de Montréal, 2500 résidences disposent d'un poêle à bois comme source principale de chauffage, alors que 82 500, dont 50 550 à Montréal, l'ont adopté comme système d'appoint. À chaque saison froide, les émissions de particules fines font en sorte qu'on ajoute l'équivalent de 3,2 millions de véhicules sur nos routes. D'ailleurs, selon Environnement Canada, un poêle non certifié qui chauffe pendant neuf heures émet suffisamment de particules fines pour atteindre les émissions totales d'un véhicule roulant 18 000 km par année.
« Plus on apprend de choses grâce à la recherche, plus on doit s'adapter, comme on l'a fait par le passé avec les incinérateurs, l'essence au plomb et la cigarette, relate M. Perri. Il y avait de la résistance à l'époque, mais nous sommes quand même parvenus à faire du progrès, et la même chose va arriver dans le dossier du chauffage au bois. J'en suis convaincu. »
L'ancien enseignant ne cache pas que certains de ses collègues tardent à se ranger à ses côtés dans ce combat qui fait déjà rager certains résidents et marchands de poêles à bois.
« Les gens qui ont recours au chauffage au bois doivent savoir que c'est d'abord dangereux pour eux. Les particules fines que crache leur cheminée reviennent par les portes et les fenêtres. Je sais qu'un poêle à bois ou un feu de foyer, c'est relaxant et agréable. C'est même romantique, cela fait partie de nos traditions et de notre culture depuis des générations, mais c'était la même chose auparavant avec la cigarette et la majorité de la population a fini par comprendre le bon sens. Je crois que les gens vont réduire eux-mêmes le chauffage au bois – parce qu'il existe d'autres façons de se chauffer –, et qu'éventuellement, ils vont opter pour le propane ou le gaz, deux moyens beaucoup moins polluants. »
Et les poêles à bois certifiés, qu'on dit moins polluants ? « Ils polluent la moitié moins que les poêles traditionnels, ce qui est encore beaucoup trop. C'est sûr que cela va fâcher certains citoyens, mais il faut faire face à la musique et penser au bien commun. Comme le titre du documentaire d'Al Gore, l'ancien vice-président des États-Unis le dit (Inconvenient Truth), la vérité dérange », juge-t-il.
Pour M. Perri, il s'agit d'un premier pas, car, dit-il, « j'ai compris qu'on ne peut pas arriver au 10e étage sans d'abord passer par le premier, le deuxième et ainsi de suite. Éventuellement, il faudra que le gouvernement du Québec, grand responsable de la santé, mette en place un programme de remplacement des poêles à bois. Ce serait un investissement rentable, parce que les problèmes de santé engendrent d'importants coûts. »
Répartition des unités de chauffage au bois sur l'île de Montréal
Dollard-des-Ormeaux, 6064
Beaconsfield, 5948
Arr. de Saint-Léonard, 5605
Arr. de RDP-PAT, 5585
Arr. de CDN-NDG, 5487
Arr. de Pierrefonds-Roxboro, 4884
Arr. d'Ahuntsic-Cartierville, 4540
Kirkland, 3948
Ville Mont-Royal, 3920
Pointe-Claire, 3783
Arr. de LaSalle, 3773
Westmount , 3461
Arr. de Lachine, 2537
Arr. de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, 2487
Arr. de Montréal-Nord, 2294
Arr. de Saint-Laurent, 2247
Dorval, 1880
Arr. de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève, 1852
Arr. d'Anjou, 1479
Arr. d'Outremont, 1477
Arr. de Rosemont–La Petite-Patrie, 1435
Hampstead , 1389
Arr. de Ville-Marie (centre-ville), 1360
Baie-d'Urfé, 1327
Arr. de Verdun, 1313
Côte-Saint-Luc, 1249
Montréal-Ouest, 1085
Arr. du Plateau Mont-Royal, 1055
Arr. de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, 715
Arr. du Sud-Ouest, 425
Senneville, 348
Sainte-Anne-de-Bellevue, 248
Montréal-Est, 41
Louis-Georges Lavoie
Commentaire mis en ligne le 11 mars 2009Addendum à mon commentaire du 11 mars 2009
À la suite de la parenthèse sur Cosmo Maciocia,il faudrait lire :«et qu'en janvier ces normes n'étaient plus valables»