Scandales et éthique
Pour éviter les conflits d’intérêts dans l'attribution des contrats, il faut amender la Loi sur le financement des partis municipaux (LÉRM).
Il est erroné de croire que celle-ci autorise uniquement le financement populaire. Autorisés par la LÉRM, les dons « anonymes» constituent l’avenue royale empruntée par le secteur privé pour financer en tout temps les partis locaux. Et ces dons ne sont assujettis à aucun montant maximum! (…)
Il faut être naïf pour croire qu’un donateur important restera inconnu du représentant officiel d’un parti. Au cours de mes 28 ans d’implication municipale, plusieurs élus m’ont confié avoir dépensé sous la table, pour leurs campagnes électorales, plus de six fois le montant autorisé par la loi. (…)
À mon sens, les dons anonymes « légalisent » les pratiques mafieuses qui gangrènent la gestion des villes. Les partis ont des tireurs de ficelles qui ne sont pas tous des saints, car certains d’entre eux exercent du chantage déguisé auprès d’entrepreneurs afin de leur soutirer du financement. Nombreux sont les entrepreneurs qui se sentent obligés de collaborer pour éviter de voir leurs noms inscrits sur la liste des oubliés des administrations locales et de leurs services des approvisionnements.
L’engouement pour la sous-traitance n’est pas lié à une volonté de gérer plus efficacement, de rationaliser intelligemment les dépenses, ou de soulager les payeurs de taxes. Cette tendance vise à « élargir le cercle » des créanciers qui supportent les partis locaux. Il va de soi que les Villes s’obligent à des renvois d’ascenseurs de plus en plus fréquents. En ayant davantage recours à l’externe, les administrations locales tablettent leurs propres employés, qui sont payés à ne rien faire ou à accomplir des tâches moins pertinentes à leurs habiletés.
La LÉRM a été conçue à l’image d’un gruyère. La faille qui facilite le financement illicite des partis fait en sorte que les gros bailleurs gagnent toujours. Oubliant l’intérêt commun, le pouvoir local s’ingénie à éviter les appels d’offres. On morcelle les projets en plusieurs contrats qui seront distribués à qui de droit. Le laxisme des administrations laissera les factures se gonfler. « L’investissement » sera récupéré de nombreuses fois par les créanciers. Le vérificateur de la Ville de Montréal est au nombre de ceux qui déplorent notre expertise dans les dépassements de coûts et la surfacturation des dépenses publiques. Au Québec, nous payons souvent beaucoup plus cher qu’ailleurs pour les mêmes travaux et les mêmes prestations.
- Michel Bédard, candidat à la mairie de Montréal